Dans ses écrits et ses enseignements, Louis Marin a su confronter et concilier les enjeux, les concepts et les méthodes de multiples disciplines, en premier lieu de la philosophie, de l’histoire, de la linguistique et de la sémiologie, pour mener l’étude à la fois historique et théorique des faits et des structures de représentation.
Il a traversé et relié entre eux de nombreux champs, avec une érudition, une sensibilité et une acuité qui permis de rendre visibles les pouvoirs, sociaux, politiques, et méta-psychologiques de l’image, considérée comme une catégorie ontologique (voir l’introduction Des Pouvoirs de l’image).
Parmi les sujets qu’il a ainsi complètement renouvelés citons sans ordre la pensée de l’Utopie, la peinture italienne du Quattrocento, le portrait, Stendhal, Montaigne, l’écriture de soi, les entrelacs du pouvoir et de la représentation, Louis XIV, Pascal et Port-Royal, Nicolas Poussin, et Philippe de Champaigne.


Louis Marin Événements de contemporanéité et autres écrits sur l’art au XXe siècle 2021. Les Presses du Réel, 2021.
Édité par Angela Mengoni et Xavier Vert, avec Bénédicte Duvernay et Giacomo Fuk.

Publié avec la collaboration de Laurence Bertrand Dorléac – Centre d’Histoire de Sciences Po – et le concours de la Fondation de France.
Le recueil des écrits sur l’art du philosophe, historien, sémiologue et critique d’art Louis Marin (1931-1992).

Connu pour ses recherches sur les pouvoirs de l’image à l’âge classique et la figurabilité du mystère dans la peinture chrétienne, Louis Marin s’est aussi et passionnément intéressé à la culture visuelle de son temps. Le présent recueil met à disposition l’essentiel des contributions de l’auteur à la pensée de l’art au XXe siècle, jusque-là dispersées et souvent difficilement accessibles. Le trait de leur conjonction n’est cependant pas de simple pertinence chronologique, il réside plus profondément dans une exploration des « événements de contemporanéité », à la faveur desquels les images du présent et du passé entrent dans une « communauté temporelle ». À cet égard, l’art moderne et contemporain, loin de désigner le moment d’une crise dans le système de la représentation longuement étudié par Louis Marin, devient plutôt le lieu de son analyse, comme il en révèle les dynamiques figurales « entre forme et forces, entre visible et visuel, entre figurativité et figurabilité ». C’est en lisant Rembrandt à travers De Kooning et réciproquement, en repérant dans la cartographie de Disneyland les transformations de l’Utopia de Thomas More, c’est en concevant la matérialité de la peinture de Klee comme une origine a-chronologique, c’est en empruntant bien d’autres trajectoires du regard et des signes, que nous sommes appelés par Louis Marin à un voyage dans une histoire de « co-temporalités » inattendues, ce qu’il nomme ici « logique indéterministe de l’histoire de l’art».