Annuaire 1991-1992

Systèmes de représentations
à l’âge moderne

M. Louis MARIN, Directeur d’études*


Le séminaire de l’année 1991-92 a été consacré selon une méthode fondamentalement comparative à l’élaboration de la version anglaise du portrait du roi affrontée à celle que nous avions mise au point dans les années précédentes touchant le monarque français. Après un rappel des principales positions le concernant et fondées pour l’essentiel sur le « chiasme » du pouvoir politique et de la dimension théâtrale de la représentation, le séminaire s’est développé en deux séquences : la première qui après avoir étudié les différents avatars du portrait d’Elisabeth I (sur le vif et au masque, confrontation de la mélancolie et de la gloire) ainsi que des textes littéraires et politiques qui les accompagnaient, a pris pour objet l’œuvre de Jacques I, en particulier ses ouvrages politiques exprimant une des théories les plus cohérentes et les plus complexes de la monarchie absolue. Après une présentation plus « philosophique », l’analyse s’est concentrée sur la « périphérie » du Basilikon Doron (1599), constituée par un sonnet, une lettre dédicatoire au Prince de Galles et une adresse au lecteur, qui a permis de dessiner la curieuse figure du roi en auteur et de montrer la relation entre les différents portraits du roi (d’origine flamande), les frontispices des œuvres et les entrées royales. Face à cette première étude, a été proposée sous forme de contrepoint l’étude des deux premières scènes de la Tempête de Shakespeare, la dernière pièce du dramaturge (1611-1613) où, nous semblait-il, des problèmes voisins, mais du point de vue de la position du créateur littéraires se posaient. Face à la figure du roi en auteur, qu’en est-il de la figure du poète en roi ?

Ainsi était-il possible de saisir sur le vif, à la fois historiquement et théoriquement, ce chiasme du pouvoir et de la représentation évoqué plus haut et selon des modalités spécifiques. La deuxième séquence du séminaire a été consacrée à Charles Ier et à son peintre privilégié Van Dyck ; cet ensemble de portraits individuels ou de couples (la reine française Henriette) a été mis en relation avec la littérature des masques magnifiquement illustrée par Ben Johnson et Inigo Jones. Le point de départ à été le portrait par Van Dyck de Charles à cheval (Londres), comparé à celui du même peintre de Charles Ier à la chasse (Louvre). Cette séquence s’est poursuivie sur les portraits du roi en famille (et leurs significations) tant chez Jacques Ier, (Willem van de Passe, Gerrit Montin) que chez Charles avec la « Grande pièce » de Van Dyck, (portrait du roi, de la reine et de leurs enfants). Le séminaire s’est achevé sur les gravures de la propagande royaliste à la mort du roi, en particulier l’Eikon basiliké et son frontispice, qui mettent en évidence, au-delà de la sacralisation du roi martyr, les fonctions politiques et religieuses de la mélancolie royale.

Le séminaire s’est déroulé tous les quinze jours en alternance avec la charge de conférences de M. Pierre Antoine Fabre, mais a été complété toute l’année par un séminaire « fermé » où les étudiants en thèse exposaient en petit groupe leurs travaux (A. Cantillon, D. Katazrof, M.-P. Gaviano, S. Robic, F. Divorne, F. Dumora, F.M. Zini…).

Ont participé à notre séminaire au titre de directeur d’études associé, Mme Svletana Alpers, Université de Berkeley ; le professeur Hans Belting, Université de Munich ; le professeur Oskar Batchmann, directeur du Kunstgeschichte Institut de Berne. A été invité M. Giovanni Careri, pensionnaire « at large » de la Fondation Getty.

Nous avons participé nous-même en juillet 1991, à un colloque du centre de la Compagnie de Jésus à Chantilly, « Les jésuites et la civilisation du XVIe siècle » ; en novembre à un colloque sur les utopies à l’Université de Canterbury ; en décembre à un colloque sur les rhétoriques en art, à l’Université de Pau. En janvier 1992, nous avons tenu un séminaire à l’Université de Prague sur les problèmes de l’histoire de l’art ; en février, prononcé une conférence à l’Université de Bordeaux sur la question du portrait, en avril-mai, au titre de Georges Lurcy visiting professor, un cours à l’Université de Chicago sur les problèmes du texte et de l’image ; en mai, au Centre Sèvres, une communication au colloque « les Jésuites et le théologico-politique » ; en juin, à l’École des Beaux-Arts de Nantes : « Jean-François Lacalmontie, problèmes d’art contemporain ».

Publications

- Articles ou contributions
« Dans le laboratoire de l’écriture-figure », Cahiers du Musée d’art moderne, 1991, n° 38 : Ut pictura poesis. — « Ruptures énonciatives dans la représentation picturale », in Herman Parret, ed., Le Sens et ses hétérogénéités, Paris, CNRS, 1991. — « Portrait de Mère Angélique Arnauld », in Mère Angélique Arnauld, catalogue de l’exposition au Musée national des Granges de Port-Royal, Magny-les-Hameaux, 7 sept.-4 nov. 1991. Paris, Éd. de la RMN, 1991. — « Mimésis et description, ou de la curiosité à la méthode, de l’âge de Montaigne à celui de Descartes », in E. Cropper, G. Perini & F. Solinas, eds, Documentary Culture : Florence and Rome from Grand-Duke Ferdinand I to Pope Alexander VII, actes du colloque à la Villa Spelman, Florence, en 1990. Bologne, Nuova Alfa, 1992. —« Événement de contemporanéité », Traverses, 1992, n° 1 : Du contemporain. — « La parole consécratoire et les transsubstantiations de l’art », Poliphile, 1992, n° 1 : Les arts et la mélancolie. — « Le portrait du Roi-en-poète : Jacques Ier d’Angleterre : Le Basilikon Doron (1599-1603) ; Shakespeare : La Tempête, Acte I, sc. 1, 2 », Théâtre public, Théâtre de Gennevilliers, 1992, n° 104. — « Frontières, limites, limes », in Frontières et limites : géopolitique, littérature, philosophie, séminaire du Centre Georges Pompidou, 1991. — « Les plaisirs de la narration », Furor (Lausanne-Genève), 1991. — « L’Utopie ou l’infini au neutre : voyages aux frontières », Le Genre humain, 1992, n° 24-25 : Fini et Infini. — « Une rhétorique fin de siècle », in Mary Shaw et François Cornillat, eds, Rhétorique fin-de-siècle, Paris, C. Bourgeois, 1992. — « Grammaire royale du visage », in À visage découvert, catalogue de l’exposition à la Fondation Cartier à Jouy-en-Josas, 18 juin-4 oct. 1992. Paris, Flammarion/Fondation Cartier, 1992. — « Théâtralité et pouvoir : magie, machination, machine, Médée de Corneille », in Christian Lazzeri & Dominique Reynié, eds, Le Pouvoir de la raison d’État, Paris, PUF, 1992.

- Ouvrage

  • Lectures traversières, Paris, Albin Michel, 1992, 345 p.
* M. Louis MARIN est décédé le 29 octobre 1992.