Annuaire 1990-1991

Philosophie et sciences sociales

Séminaire collectif sous la responsabilité de
MM. Jacques DERRIDA et Louis MARIN, Directeurs d’études


Poursuivant ses recherches et ses discussions sur le thème de l’autorité et de la domination, le séminaire a organisé son travail de cette année autour de communications de Jean-Claude Bonne, Louis Marin et Hubert Damisch.

Esthétique et anthropologie

Séminaire collectif sous la responsabilité de
M. Hubert DAMISCH, Directeur d’études,
avec MM. Marc AUGÉ, Louis MARIN, Jean-Claude SCHMITT,
Directeur d’études,
et MM. Jean BAZIN et Jean-Claude BONNE,
Maître de conférences

Ce séminaire, qui vise à définir un champ commun où pourraient se rejoindre et se rencontrer historiens et anthropologues, s’inscrit dans le droit fil de celui qui l’a précédé sur la notion de Conversion. Il a pris son départ d’une question : quelle part peut, ou doit être faite à l’esthétique, quoi qu’on entende par là, dans le cadre d’une anthropologie ? Cette interrogation en convoquant aussitôt une autre : quand bien même ce que recouvre le terme d’« esthétique » ne se laisserait pas contenir dans les limites d’une « anthropologie » au sens strict du terme, de quelle pertinence peut être, à son endroit, un questionnement qui se voudrait, précisément, d’ordre ou d’inspiration strictement anthropologique ?

Cette question, Hubert Damisch l’a introduite sous le titre du « fait » ou du « phénomène social total », tel que Marcel Mauss l’a défini, en même temps qu’il en proposait, dans Essai sur le don, le paradigme désormais classique. Or si Mauss fait sa place à l’esthétique dans la définition du fait social total, il ne lui accorde aucune attention dans l’analyse qu’il a donnée de l’échange par don et contre-don : tout le problème étant alors de savoir comment articuler, dans ce contexte, la « valeur d’art » que nous sommes portés à reconnaître à certains des objets qui entraient dans « ce marché d’avant le marché », étant admis que pour ce qui est des qualités proprement « esthétiques » que pouvaient leur reconnaître les participants de l’échange, elles constituaient l’un des ressorts du système.

À cette analyse, qui demandera à être reprise à nouveaux frais, ont succédé les interventions de Daniel Arasse sur la notion de « détail » et les usages auxquels elle a prêté dans l’histoire de l’art telle qu’elle se fait et telle qu’elle s’écrit ; de Georges Didi-Huberman sur une dimension « oubliée » du portrait à la Renaissance, les effigies en cire ; de Bogumil Jewsiewicki, professeur à l’Université Laval, sur la peinture de case au Zaïre ; et de John Onians, professeur à l’université d’East Anglia et directeur de la revue Art History, sur les « matériaux de la pensée grecque ».

Sémantique des systèmes de représentation

M. Louis MARIN, Directeur d’études

Comme l’an dernier, le séminaire a successivement abordé les deux thèmes de recherche qui étaient annoncés : 1) Au titre des recherches sur les représentations du politique en Europe aux XVIe et XVIIe siècles, ont été étudiés les processus et les effets de représentation pour la constitution du sujet politique, à cette époque. Au centre de la problématique du politique, a été posée la question du pouvoir d’État en la centrant précisément sur la mise en œuvre du gouvernement et des techniques visant à créer le consentement nécessaire à sa constitution et à sa reproduction. Comment, à cette époque, sont analysées et construites des logiques passionnelles sous-tendant les comportements individuels et collectifs et comment ces logiques sont-elles utilisées et développées dans la manipulation des passions en vue de l’assujettissement ? Pascal, Hobbes, Descartes, etc. ont fourni les textes de référence fondamentaux. Une étude minutieuse du traité de l’oratorien Senault, De l’usage des passions (1641), ainsi que de son épître dédicatoire à Richelieu, a permis d’entrer dans la lecture des Mémoires et du Testament politique du Cardinal. Cette recherche a été complétée par celles que nous avons consacrées à la théâtralité de cour dans sa relation complexe à la prise de décision du prince nommée coup d’État.

2) En liaison avec les conférences de Pierre Antoine Fabre sur les textes fondateurs de la Compagnie de Jésus, le séminaire a étudié, à partir de janvier 1991, les récits biographiques ou autobiographiques visant à fonder ou à répéter la fondation d’un ordre ou d’un corps religieux, d’un monastère ou d’une institution d’église au XVIIe siècle, et plus particulièrement la Relation sur Port-Royal de la Mère Angélique Arnauld et sa présentation par la Mère Angélique de St Jean Arnauld d’Andilly. Ces textes ont été analysés en liaison avec l’Abrégé de l’histoire de Port-Royal de Racine, les Mémoires de Fontaine et plus généralement avec l’immense corpus des histoires du mouvement de Port-Royal et du Monastère publiées au XVIIe siècle ainsi qu’avec le monument que reste le Port-Royal de Sainte-Beuve. Ces recherches ont permis d’élaborer avec précision les notions de fondation et d’écriture fondatrice, ainsi que les notions complexes de lieu et de site, d’espace de sanctification, de toponymie sacrée, de temps historique, liturgique et eschatologique, etc. Le séminaire a accueilli Mme Elizabeth Cropper, professeur d’histoire de l’art à l’université John Hopkins, Directeur d’études associé, « Bellori and the origins of classicism » ainsi que M. Peter Burke, professeur d’histoire à l’université de Cambridge, « Le revers de la médaille : l’opposition à Louis XIV ».

En 1990-91, j’ai donné des séminaires et des conférences en France et l’étranger : à l’université de Cambridge, Grande-Bretagne, à l’Université de Pau, au Musée du Louvre, à l’Université de Savoie ainsi qu’à l’université de Prague. J’ai également prononcé une des conférences de la rencontre internationale de Chantilly : « Les jésuites et la civilisation baroque » (juin 1991).

Publications

- « Les “fins dernières” de la peinture à Port-Royal : deux tableaux, pour un portrait invisible », in René Démoris, ed., Les Fins de la peinture, actes du colloque organisé par le Centre de recherches littératures et arts visuels (Sorbonne nouvelle), Paris, Desjonquères, 1990. — « Architecture et représentation : Paolo Uccello au Cloître Vert de Santa Maria Novella de Florence », in Symboles de la Renaissance, vol. 3 Paris, Presses de l’École normale supérieure, 1990. — « Le tombeau du sujet en peinture », in Michel Costantini, ed., La Mort en ses miroirs, actes du colloque EIDOS, 1986. Paris, Méridiens Klincksieck, 1990. — « Pensées détachées sur le nationalisme en peinture », in Too French : Contemporary French Art, catalogue de l’exposition qui s’est tenue au Hong Kong Museum of Art, 16 nov. 1991-12 févr. 1992. Jouy-en-Josas, Fondation Cartier, Paris, 1991. — « Le Menteur ou a variaçao dos nomes e dos corpos », Revista de Communicaçao e Linguagens,(Lisbonne), 1990, n° 10-11. — « The Order of Words and the Order of Things in Painting », Visible Language, (Providence, Rhode Island School of Design) 1990, vol. 23, n° 2-3. — « L’efficace de l’image religieuse : de la relique à l’image », Chimères, 1990-91, n° 10. — « Préface-image : le frontispice des Contes de Perrault », Europe, 1990, n° 739-740. — « Une image, d’Apollon à Dyonisos [Jeff Wall] », in R. Bellour, C. David & C. Van Asschen, eds, Passages de l’image, catalogue de l’exposition qui s’est tenue au Musée national d’art moderne, 19 sept.-18 nov. 1990. Paris, Centre G. Pompidou, 1990. — « Une lisière de la lecture : le frontispice des Contes de Perrault », in B. Sarrazin & R. Strick, eds, Lire pour lire : la lecture littéraire, Paris, Univ. Paris VII-EUR Sciences des textes et documents, 1990, « Textuel, n° 23 ».