Annuaire 1988-1989

Philosophie et sciences sociales

Séminaire collectif sous la responsabilité de
MM. Jacques DERRIDA et Louis MARIN, Directeurs d’études


Fidèles en cela aux propositions formulées lors des journées de Marseille en 1987, quelques enseignants de l’École ont organisé un séminaire qui a traité en 1988-89 des « stratégies de la citation ». Il a accueilli des exposés de Y. Hersant (« La citation mélancolique : Burton »), Nicole Loraux (« Abel, mannequin de Freud »), Jacques Derrida (« Ô mes amis ! Il n’y a nul ami »). D’autre part, ce séminaire a été le cadre d’un colloque qui a achevé les travaux engagés l’année précédente sur les questions de l’autorité et du droit d’auteur (L. Marin, P. Kamuf, J. Bennington, J.-C. Bonne, H. Damisch, J. Derrida, G. Agamben, Y. Thomas, M. Edelman, F. Hartog, P. Loraux).

Sémantique des systèmes de représentations

M. Louis MARIN, Directeur d’études

Le séminaire de cette année a abordé un nouveau champ de recherches dont l’étude avait déjà été amorcée l’an dernier, à savoir l’émergence historique de la subjectivité à l’époque moderne dans les arts et la littérature. Comment le sujet construit-il son identité et se pose-t-il comme un « moi » ? Comment conquiert-il son individualité et sa singularité sur le groupe social, le lignage, l’altérité anthropologique, les instances du sacré et de la religion ? Quelles sont les relations entre la représentation du soi et le nom, propre ou générique ? Quels sont les modèles de légitimation et d’autorisation de ces diverses représentations du moi dans leur production, leur reconnaissance, leur réception, leur diffusion, mais aussi dans leurs variétés historiques et génériques, portraits, autoportraits, biographies, autobiographies, etc. ? Quelles sont les fonctions sociales, politiques, « idéologiques » des divers dispositifs de l’identification de soi ? Ce sont ces diverses questions de philosophie, de théorie et de pratique littéraire et artistique posées par la constitution du sujet moderne en France au XVIe et XVIIe siècles qui ont été étudiées dans le séminaire, essentiellement dans les Essais de Montaigne et les textes qui leur sont liés, correspondance, journal de voyage, etc. Cette étude a été construite à partir d’une analyse minutieuse de « L’Avis au lecteur » (mars 1580) qui introduit aux deux premiers livres des Essais. Une attention particulière a été accordée aux essais « de l’amitié » et « des cannibales ». Le séminaire, en liaison avec la charge de conférences de M. Georges Didi-Huberman, qui traitait en particulier des autoportraits de Dürer, s’est intéressé aux portraits « intimes » de la seconde moitié du XVIe siècle français par opposition aux portraits d’apparat ou officiels. Il s’est poursuivi par plusieurs séances consacrées à la représentation du moi chez Pascal et dans le milieu de Port-Royal pour s’achever provisoirement sur le portrait chez Philippe de Champaigne. Une recherche approfondie de la « paire » Madeleine pénitente (Musée de Rennes) et Jean Baptiste (Musée de Grenoble), 1657, a permis d’élaborer la notion de portrait virtuel du moi dans sa relation avec les doctrines spirituelles de l’abnégation, de la conversion et de l’ascèse de l’imagination.

J’ai continué à participer activement au séminaire sur la Conversion
(H. Damisch, J.-C. Schmitt, J.-C. Bonne, L. Marin).

J’ai par ailleurs effectué plusieurs missions de recherche et d’enseignement à l’étranger : aux Etats-Unis (universités de Princeton et de Johns Hopkins), à la Fondation Cini à Venise (L’image et l’exégèse biblique au XVIIe siècle), à l’Université de Bologne (l’Académie Caracci et Montaigne), à l’Institut français de Florence (La figurabilité du moi entre psychanalyse et art), à l’Institut universitaire européen de Florence (1789, l’événement en peinture), ainsi qu’à l’Université libre de Bruxelles (La représentation « symbolique » en art).

Publications

- Articles
« Le trompe-l’œil, un comble de la peinture », in L’effet trompe-l’œil dans l’art et la psychanalyse, Dunod, 1988. — « Topiques et figures de l’énonciation », La Part de l’Œil (Bruxelles), 1989, n° 5. — « The Body-of-Power and Incarnation at Port-Royal in Pascal, or Of the Figurability of the Political Absolute », in Michel Feher, avec R. Naddaff & N. Tazi, eds, Fragments for a History of the Human Body, Zone, New York, Urzone,1989, t. III. —« Towards a Theory of Reading in the Visual Arts », in Norman Bryson, ed., Calligram : Essays in New Art History from France, Cambridge Univ. Press, 1988. — « L’“invention” du corps mystique : sur deux textes de Pascal » ; « Appendice : Blaise Pascal, Le mémorial, Le mystère de Jésus », Asmodeo/Asmodée : idee, imagini, segni(Florence), 1989, n° 1 : Sul discorso mistico/Du discours mystique. — « De la citation chez Jasper Johns », Spécial Jasper Johns, Artstudio, 1989, pp. 120-133. — « Pour une théorie baroque de l’action politique », [introduction à] Gabriel Naudé, Considérations politiques sur les coups d’État, Éd. de Paris, 1989, «  Le temps et l’histoire  ».

- Ouvrages

  • Du figurable en peinture : Jean Charles Biais. Paris, Blusson, 1988, 117 p.