Annuaire 1982-1984

Sémantique des systèmes représentatifs

Directeur d’études : M. Louis MARIN


Compte rendu d’enseignement

Au cours des années 1982-1983 et 1983-1984 a été engagée une recherche portant sur l’émergence de la notion du sublime dans les discours de critique et de théorie des arts et de la littérature aux XVIe et XVIIe siècles en France. Tout en considérant que la problématique philosophique du sublime a été élaborée dans la Critique de la Faculté de Juger de Kant à la fin du XVIIIe siècle et en notant que certains débats contemporains – en particulier sur les notions de modernité et de post-modernité – se sont engagés à partir de cette problématique kantienne et de sa reprise romantique en Allemagne notamment, nous avons souligné que Kant était en l’occurrence l’héritier de traditions philosophiques et esthétiques qu’il était indispensable de prendre en compte pour une évaluation historique et théorique de la notion plus exacte et plus rigoureuse. Nous avons donc étudié de façon minutieuse le traité du Sublime du Pseudo-Longin (en retraduisant l’essentiel de l’ouvrage) ainsi que la traduction qu’en publia Boileau en 1674. Cette étude nous conduisit à examiner les théories esthétiques du Moyen stoïcisme et de la seconde sophistique pour en mesurer l’impact, à travers le Pseudo-Longin, sur la pensée, la théorie et la pratique de l’art dit classique au XVIIe siècle. Ayant alors tenté de construire un « modèle » de la notion du sublime autour de deux irreprésentables (la mort et la violence), nous avons montré que le sublime ne pouvait faire l’objet que d’une présentation pathétique dans le dispositif de la re-présentation dont deux figures fondamentales allaient être depuis l’Antiquité les moyens privilégiés : la tempête et le colosse. Dans un deuxième temps, nous avons abordé dans quelques textes littéraires et philosophiques du XVIIe siècle français, l’étude de notions liées aux « irreprésentables » de la mort et de la violence, celles de l’indéfinité et de la totalité : l’essentiel du séminaire de l’année 1983-1984 a porté sur la théologie et l’anthropologie du secret et de l’infini chez Pascal, ainsi que sur les notions esthétiques du « je ne sais quoi » en particulier dans les Entretiens d’Ariste et d’Eugène (1671) de Bouhours et du « vaste » et du « grand » chez Saint-Évremond. Nous avons amorcé l’étude des applications sociopolitiques du sublime chez Pascal, Bossuet ou Rapin. Parallèlement à cette recherche et en alternance avec elle, nous avons poursuivi les recherches engagées les années précédentes sur la notion de sujet de représentation avec l’étude des dispositifs de constitution et d’identification du sujet et du moi dans les textes littéraire et visuel. Plus précisément ont été étudiés deux grands types de représentation de peinture : les vanités à tête de mort et les Véronique. En 1983-1984, à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Stendhal, nous avons exposé nos dernières recherches sur l’autobiographie stendhalienne portant sur les Manuscrits de la Vie de Henry Brulard et sur les relations entre les gravures de tableaux italiens introduites par l’auteur dans son manuscrit, les dessins qu’il y a produits et le texte écrit de sa vie.

Exposés de conférenciers extérieurs

- Pr Salvatore Settis (Pisa), Italie : Commanditaires et programmes dans une œuvre de Lorenzo Lotto.
- Pr Omar Calabrese (Bologne), Italie : Cohérence et cohésion textuelles dans un tableau de Holbein.
- Pr Jean-Jacques Demorest (Phoenix), USA : Le fragment pascalien.
- Pr Alexandre Leupin (Bâton Rouge) USA : Augustin : écriture et fiction dans les Confessions.
- Pr Joël Blanchard (Rouen) : Une entrée royale à Rouen au XIVe siècle.
- Pr Claude Reichler (Lausanne) : Sublime et obscène dans quelques textes médiévaux.
- Pr Nakamura Yujiro (Tokyo), Japon : Sur trois concepts fondamentaux de la culture japonaise.

Activité scientifique

- Enquêtes et travaux : Sur les programmes iconographiques du pouvoir d’État en France et en Italie (XVIe - XVIIe siècle).

- Missions et conférences

    • (Septembre 1982-septembre 1983) : Colloque La Lecture, Saint-Maximim. — Mission d’enseignement : Université de Californie San Diego. — Conférences aux Universités de Stanford, Santa Cruz, Irvine, Los Angeles. — Colloque à l’Université de Florence : L’analyse du discours. — Séminaire à l’Université Lille II : Médecine et Littérature. — Conférence à l’Université de Liège. — Colloque à Bad Hombourg (RFA) : Problèmes de méthode en sciences sociales. — Colloque à Anghiari (Italie) : Piero della Francesca théoricien de l’art. — Conférence à l’Université de Grenoble III. — Conférence à l’Université libre d’Amsterdam. — Conférences aux universités d’Aarhus et de Copenhague, Danemark. — Séminaire à l’Université d’Urbino (Italie) : sémiologie de l’art.
    • (Septembre 1983-juillet 1984) : Congrès Roma, Stendhal e l’Italia, Rome. — Conférence à l’Université de Florence. — Conférence à l’Université de Lyon II. — Colloque Le Paysage, Université de Saint-Étienne. — Colloque à l’Université libre de Barcelone : Penser l’art. — Congrès de sémiologie à Palerme (Italie) : Mathématiques et sémiologie (le cas Desargues). — Conférences à l’Université libre de Bruxelles. — Mission d’enseignement à l’Université Cornell, USA. — Séminaires à l’Université Johns Hopkins, USA : Le sublime dans les paysages de Poussin (1640-1650).
Publications

- « La ville dans sa carte et son portrait : proposition de recherche », Cahiers de [l’École normale supérieure] de Fontenay, 1983, n° 30-31. — « Lire un tableau en 1639 d’après une lettre de Poussin in R. Chartier, ed., Pratiques de la lecture. Marseille, Rivages, 1983. — «  Masque et portrait  : sur la signification d’une image et son illustration au XVIIe siècle  », in Image et signification. Rencontres de l’École du Louvre. Paris, La Documentation française, 1983. —«  Panofsky et Poussin en Arcadie  », in Erwin Panofsky. Paris, Centre Georges Pompidou/Aix-en-Provence, Pandora Éditions, 1983, «  Cahiers pour un temps  ». — « Masque et portrait », Pictura / Edelweis (Toulouse), 1983-84, n° 3. — « Logiques du secret », Traverses, 1984, n° 30-31. — «  Le sublime classique  : les “tempêtes” dans quelques paysages de Poussin  », in Lire le paysage, lire les paysages, actes du colloque des 24-25 novembre 1983 du Centre interdisciplinaire d’études et de recherches sur l’expression contemporaine. Saint-Étienne, CIEREC, 1984, «  Travaux, n° 42  » — «  Un peintre sous influences  : notes sur “De Kooning et la tradition flamande et hollandaise de peinture”  », in Willem de Kooning, catalogue de l’exposition qui s’est tenue au Museum of American Art, New York, 15 déc.-26 fev. 1984 [à l’]Akademie der Künst, Berlin, 11 mars-29 avril 1984 [et au] Musée national d’art moderne, Centre Georges Pompidou, 28 juin-24 sept. 1984, ed. par Claire Stoullig. Paris, Musée d’art moderne, Centre Georges Pompidou, 1984. — « La représentation du Roi », Comédie-Française,1984, n° 127-128. — «  Images dans le texte autobiographique : sur le chapitre XLIV de la Vie de Henry Brulard  », Saggi e Ricerche di Letteratura francese, 1984, vol. 23. — «  Les mots et les choses dans la peinture  », Annales d’Histoire de l’art et d’Archéologie, 1984, vol. 6. — «  Stendhal et la peinture italienne dans la Vie de Henry Brulard  », in Massimo Colesanti et al., eds, Atti del Congresso internazionale Stendhal, Roma, L’Italia, 7-10 novembre 1983. Rome, Edizioni di storia e letteratura, 1985. — «  Imitation et trompe l’œil dans la peinture au XVII e siècle  », L’Imitation, aliénation ou source de liberté ?, Rencontres de l’École du Louvre, septembre 1984. Paris, La Documentation française, 1985. — «  La théorie narrative et Piero, peintre d’histoire  », in Omar Calabrese, ed., Piero, teorico dell’arte. Rome, Gangemi, 1985. [Actes du colloque Piero, teorico del arte, Anghiari-Borgo, 1984.]